
Le témoin en radiesthésie : histoire, origine et fonctions

LE TÉMOIN EN RADIESTHÉSIE
Une photographie, quelques cheveux, un nom sur un morceau de papier… mais... qu’est-ce qui fait réellement témoin ?
Qu’est-ce qu’un cheveu, une photographie et un nom écrit peuvent bien avoir en commun ?
À première vue, pas grand-chose.
Le cheveu provient de la personne. La photographie la représente. Son nom écrit sur un papier ne fait ni l’un ni l’autre : il la désigne.
Et malgré cela, nous appelons les trois un témoin.
C’est là que j’ai commencé à tirer le fil.
Et comme souvent lorsque je commence à fouiller l’histoire de certains outils que j’utilise aujourd’hui, je pensais trouver une réponse assez simple.
Évidemment, ce n’est pas tout à fait ce qui s’est passé.
Bien avant le témoin radiesthésique
Avant d’aller plus loin, une précision importante.
Les pratiques anciennes que nous allons rencontrer ne sont pas de la radiesthésie. Rien ne permet non plus d’établir une filiation directe entre elles et le témoin tel que nous l’utilisons aujourd’hui.
En revanche, elles montrent quelque chose de passionnant : l’idée de rendre présente une personne ou une chose absente à travers un autre support est extrêmement ancienne.
Et parfois, les moyens employés sont assez… inventifs.
Henri-Corneille Agrippa rapporte ainsi dans sa Philosophie occulte une histoire attribuée à Nectanébo.
Pour agir contre une flotte ennemie, celui-ci aurait fabriqué de petits navires de cire représentant les véritables bateaux. Les miniatures étaient placées dans l’eau et symboliquement coulées, l’opération étant censée atteindre la flotte qu’elles représentaient.
... On a connu des loisirs créatifs plus paisibles !
Mais derrière l’anecdote, il y a quelque chose qui m’intéresse beaucoup.
Le petit bateau n’est évidemment pas le bateau réel.
Il tient lieu de lui.
Quelque chose d’immense, d’éloigné, d’inaccessible vient d’être ramené à quelques centimètres de cire posés devant soi.
Et nous venons déjà de rencontrer notre première piste : représenter ce qui n’est pas là.
7,6 centimètres de cire… et une sacrée surprise
Il existe cependant un objet beaucoup plus troublant, parce que celui-ci n’appartient pas seulement à un récit ancien.
Nous pouvons encore l’observer aujourd’hui.
Le British Museum conserve une toute petite figure humaine en cire provenant d’Égypte, probablement réalisée entre le Ier et le IIIe siècle de notre ère.
Elle mesure 7,6 centimètres.
Une petite figurine de cire antique, donc.
Sauf que lorsqu’on regarde sa description de plus près, les choses deviennent beaucoup plus intéressantes.
Dans son nombril ont été placés des cheveux humains.
Et dans son dos est fixé un petit rouleau de papyrus. Le musée rattache l’objet à un contexte magique.
En quelques centimètres de cire, nous retrouvons donc trois choses différentes :
une figure qui représente ;
une matière humaine qui provient ;
un écrit qui désigne.
C’est assez extraordinaire lorsque l’on connaît les formes que prendra, bien plus tard, le témoin.
Mais attention à ne pas faire dire à cette petite figurine ce qu’elle ne dit pas.
Ce n’est pas un « témoin radiesthésique antique ».
Ce serait séduisant. Ce serait aussi historiquement faux.
Elle nous montre simplement qu’il y a près de deux millénaires, on pouvait déjà réunir plusieurs moyens matériels ou symboliques destinés à établir un lien avec une personne absente.
Et cela commence à compliquer sérieusement notre question.
Parce qu’un cheveu ne fonctionne pas du tout comme une figurine.
Ce qui ressemble… et ce qui provient
Une effigie peut ressembler à une personne.
Un cheveu, absolument pas.
En revanche, il vient d’elle.
Un vêtement ne lui ressemble pas davantage, mais il lui a appartenu. Il a été porté, touché, conservé auprès d’elle.
Une photographie fonctionne encore autrement. Elle peut n’avoir jamais été entre les mains de la personne qu’elle représente.
Nous avons donc plusieurs relations différentes cachées derrière ce qui pourrait sembler être un seul principe.
À la fin du XIXe siècle, l’anthropologue James George Frazer rendra célèbre une distinction entre les principes de similitude et de contagion dans son étude de certaines pratiques magiques : d’un côté, ce qui repose sur la ressemblance ; de l’autre, ce qui aurait conservé une relation après avoir été en contact.
Cette classification appartient à l’histoire de l’anthropologie. Elle ne démontre évidemment pas le fonctionnement d’un témoin et il serait imprudent de l’appliquer indistinctement à toutes les traditions.
Mais elle met le doigt sur quelque chose qui va beaucoup nous servir :
représenter quelqu’un et provenir de quelqu’un, ce n’est pas la même chose.
Gardons ça quelque part.
Nous allons le retrouver quelques siècles plus tard.
Cette fois, avec un pendule au-dessus.
Quand le témoin devient réellement radiesthésique
Nous voici au début du XXe siècle.
Cette fois, nous pouvons réellement parler de radiesthésie et suivre le témoin dans les textes, dans les pratiques et bientôt jusque dans le matériel des opérateurs.
Et première surprise : le témoin de certains radiesthésistes de cette époque n’est pas forcément une photographie ou une mèche de cheveux.
Il peut être beaucoup plus simple.
Prenons l’abbé Alexis Mermet.
Pour rechercher de l’or, Mermet propose notamment d’utiliser…
de l’or.
Une pièce d’or peut devenir le témoin d’une autre pièce d’or recherchée.
Même logique pour d’autres substances.
Et ce petit détail est beaucoup plus important qu’il n’en a l’air.
Parce que le témoin ne répond pas ici à la question :
« De qui s’agit-il ? »
Il répond à :
« Qu’est-ce que je cherche ? »
Chez Mermet, comme dans certains travaux de Louis Turenne, le témoin peut ainsi servir à sélectionner la nature de ce que l’on recherche.
Un métal pour un métal. Une substance pour une substance.
Nous sommes encore très près de la matière.
Mais ça ne va pas durer.
Le jour où le témoin est entré dans le pendule
Voilà un détail historique que j’aime particulièrement.
Une idée peut rester longtemps dans les livres.
Puis, un jour, quelqu’un commence à fabriquer les objets autour d’elle.
Dans les années 1920 apparaissent déjà des pendules conçus pour pouvoir recevoir un témoin.
Et en 1935, il suffit d’ouvrir le catalogue de la maison Deyrolle, au 46 rue du Bac à Paris.
On y trouve tout le nécessaire du radiesthésiste : baguettes, pendules, appareils, tableaux… et témoins.
Parmi les modèles proposés figure notamment un :
« pendule noir à cylindre creux porte-témoins ».
Prix : 14 francs.
Un autre modèle se dévisse afin que l’opérateur puisse y introduire son témoin.
Deyrolle commercialise même de petits tubes spécialement destinés à les recevoir.
Ça paraît anecdotique.
Ça ne l’est pas tellement.
En 1935, le témoin est suffisamment installé dans la pratique pour avoir commencé à modifier la forme même des instruments.
Il ne reste plus posé à côté du pendule.
Il est littéralement entré dedans.
Puis arrive la photographie
Jusque-là, tout allait encore à peu près bien.
De l’or pour rechercher de l’or.
Un cheveu provenant d’une personne.
Un objet lui ayant appartenu.
Il y avait toujours quelque part une matière, une provenance ou un contact auquel se raccrocher.
Puis arrive la photographie.
Et elle vient légèrement mettre le bazar dans notre belle logique.
Parce qu’une photographie ne contient pas nécessairement de matière provenant de la personne.
Elle ne lui a pas forcément appartenu.
Elle ne l’a peut-être même jamais touchée.
Et pourtant, elle peut devenir témoin.
Cette fois, ce n’est plus parce qu’elle provient.
C’est parce qu’elle représente.
Nous venons de quitter une relation matérielle pour entrer dans quelque chose de beaucoup plus abstrait.
Et avec le développement de la téléradiesthésie, le déplacement va aller encore plus loin.
Une vieille carte… et un barrage qui n’existe pas dessus
Revenons à Mermet.
Il rapporte une expérience que je trouve particulièrement intéressante parce qu’elle oblige à regarder autrement ce que peut être un support radiesthésique.
Il prend l’exemple d’une carte sur laquelle figure une rivière.
Seulement voilà : la carte est ancienne.
Depuis sa réalisation, le territoire a changé. Un barrage de 80 mètres de hauteur a été construit, accompagné d’un tunnel de dérivation et d’une centrale électrique.
Rien de tout cela n’apparaît sur le document.
Et pourtant, Mermet affirme qu’un radiesthésiste expérimenté pourrait retrouver ces nouvelles constructions en travaillant sur cette ancienne carte.
Je précise évidemment que je rapporte ici ce que Mermet affirme dans son propre système radiesthésique, et non un phénomène scientifiquement démontré.
Mais ce qui m’intéresse est ailleurs.
Si la carte n’était qu’une image, le raisonnement s’arrêterait immédiatement : le barrage n’y est pas.
Dans la conception de Mermet, elle devient donc autre chose.
Elle ne représente plus seulement ce qui est imprimé sur le papier.
Elle correspond au territoire.
Et il pousse l’idée encore plus loin puisqu’il envisage également de suivre sur une carte quelque chose qui se déplace : un train, un navire, un avion.
Nous étions partis d’un échantillon de matière.
Nous voilà maintenant sur une carte.
Et ce n’est pas terminé.
Et puis il ne reste presque plus rien
Prenons maintenant un morceau de papier.
Écrivons simplement dessus un nom, un prénom, une date de naissance.
C’est tout.
Le papier n’a jamais appartenu à cette personne.
L’encre non plus.
Il n’y a ni cheveu, ni objet personnel.
Il n’y a même plus son visage.
Matériellement, rien dans ce morceau de papier ne lui ressemble.
Et pourtant, dans certaines pratiques radiesthésiques, il peut faire témoin.
Là, forcément, il faut arrêter de regarder uniquement l’objet et commencer à regarder la relation qu’on lui demande d’établir.
Parce que ce morceau de papier fait encore autre chose.
Il désigne.
Et c’est probablement le virage qui m’intéresse le plus dans toute cette histoire.
La matière devient secondaire.
Puis la ressemblance devient secondaire.
Ce qui compte désormais, dans le système utilisé par le praticien, c’est que le support permette de désigner précisément ce vers quoi le travail est orienté.
Le XXe siècle ira d’ailleurs beaucoup plus loin avec les mots-témoins, les témoins artificiels et différentes recherches consacrées à leur construction.
Mais je vais refermer ce tiroir pour aujourd’hui.
Il reste quelques très belles choses dedans.
Et si nous avions mal posé la question ?
Depuis le début, je cherchais à comprendre :
qu’est-ce qu’un témoin ?
Mais plus j’avançais, moins la question fonctionnait.
Parce qu’un cheveu, une pièce d’or, une photographie, un plan et un nom écrit sont tellement différents qu’il devient difficile de définir le témoin par sa nature.
Alors j’ai retourné la question.
Non plus :
« Qu’est-ce qu’un témoin ? »
mais :
« Qu’est-ce qui fait témoin ? »
Et là, les choses deviennent beaucoup plus claires.
Le cheveu provient.
La photographie représente.
Le plan correspond.
Le nom désigne.
Ce qui réunit tous ces supports n’est donc pas forcément ce qu’ils sont.
C’est la fonction qu’on leur demande de remplir.
Et cette distinction change, je trouve, assez radicalement la manière de regarder le témoin.
Provenance
Une matière issue du sujet : cheveux, élément biologique…
Le lien repose ici sur le fait que le support vient de ce qu’il représente.
Représentation
Une photographie, une image, un dessin.
Le support ne provient plus nécessairement du sujet : il donne à voir ce qu’il représente.
Correspondance
Une carte ou le plan d’un lieu.
Le support représente un espace et permet, dans les pratiques qui l’utilisent, de travailler par correspondance avec celui-ci.
Désignation
Un nom, une identité écrite, des informations suffisamment précises.
Il n’est même plus nécessaire que le support ressemble au sujet : il sert à l’identifier.
Cette classification n’est pas empruntée à un ancien traité de radiesthésie. Elle est celle qui s’est dégagée de mon travail en mettant côte à côte ces différentes formes de témoins et leur histoire.
Et elle permet enfin de comprendre pourquoi des choses aussi différentes ont fini par porter le même nom.
Et aujourd’hui, sur ma table de travail ?
Dans ma pratique de la radiesthésie hébraïque et de la radionique, je travaille à distance et le témoin fait naturellement partie de mes outils.
Je les utilise quotidiennement.
Je les prépare selon les règles de l’art radiesthésique et ils occupent une place essentielle dans mon travail à distance.
De la matière au simple mot
Si l’on regarde maintenant tout le chemin parcouru, le mouvement est assez saisissant.
D’abord, la matière : un fragment, une substance, un échantillon.
Puis la trace : quelque chose provenant du sujet ou ayant été en contact avec lui.
Puis la représentation : l’effigie, l’image, la photographie.
Puis la correspondance : la carte, le plan.
Et enfin la désignation : le nom, le mot, l’information.
Plus nous avançons, moins le témoin a besoin de partager matériellement quoi que ce soit avec ce qu’il représente.
C’est ce qui rend son histoire passionnante.
Parce qu’elle ne raconte pas seulement l’évolution d’un outil de radiesthésie.
Elle raconte progressivement l’abstraction du lien.
Et la suite va encore beaucoup plus loin : témoins artificiels, mots-témoins, supports associés à des qualités ou à des buts…
Mais ça, c’est une autre histoire.
Faire tenir l’absent dans quelque chose de présent
Alors, le témoin radiesthésique descend-il directement des effigies de cire de l’Antiquité ?
Non.
Rien ne permet sérieusement de raconter une histoire aussi simple.
Et finalement, nous n’en avons pas besoin.
Ce que nous pouvons observer est beaucoup plus intéressant.
À des époques et dans des contextes très différents, nous retrouvons cette étrange nécessité : donner une présence à ce qui se trouve ailleurs.
Parfois par un fragment.
Parfois par quelque chose qui a touché.
Parfois par une image.
Puis par une carte.
Puis par quelques mots écrits sur un morceau de papier.
Au XXe siècle, la radiesthésie donnera au témoin ses propres théories, ses classifications et même des instruments spécialement conçus pour le recevoir.
Aujourd’hui, lorsque je pose une photographie sur ma table de travail, tout cela tient finalement dans un morceau de papier de quelques centimètres.
La personne est ailleurs. La photographie est ici.
Et entre les deux se trouve précisément ce que des générations de radiesthésistes ont essayé de nommer, de comprendre et parfois de matérialiser :
le lien.
C’est peut-être finalement la définition du témoin que je préfère.
Non pas un objet qui serait, à lui seul, « la personne ».
Non pas une miniature de ce qui se trouve ailleurs.
Mais un support auquel on confie une fonction très particulière :
faire tenir l’absent dans quelque chose de présent.
Anne
L'Atelier des Ondes Subtiles
Sources principales : Henri-Corneille Agrippa, De occulta philosophia libri tres (La Philosophie occulte), livre II ; British Museum, collection EA37918, figure humaine en cire d’époque romaine provenant d’Égypte ; James George Frazer, The Golden Bough ; Alexis Mermet, Comment j’opère pour découvrir les sources et tous autres objets cachés de près ou de loin (1932) ; Louis Turenne, travaux sur les témoins et la recherche radiesthésique par similitude ; Les Fils d’Émile Deyrolle, Catalogue de radiesthésie (Paris, 1935).
